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Affaire « DADOU » : les leçons à tirer d’un carton rouge dans le temps additionnel

Football féminin : déconfiner la vérité sur les abus sexuels fera tomber des masques (deuxième partie)

Contribution de la Société des Amis du Sport

Suspendu, pour une période de 90 jours, par la chambre d’investigation de la commission d’éthique indépendante de la Fédération Internationale de Football (FIFA) après la publication d’une enquête à l’initiative du journal The Guardian fin avril, révélant qu’il serait responsable de viols ou d’agressions sexuelles sur de jeunes joueuses résidant au centre technique national (Campnou) au cours des cinq dernières années, le président de la Fédération Haïtienne de Football (FHF) depuis 2000, Yves Jean-Bart alias Dadou, a été remplacé le mercredi 27 mai 2020, du moins provisoirement, par Joseph Varieno Saint-Fleur à la tête de l’instance nationale.

Bras droit et homme de confiance de l’ancien président en place depuis environ 20 ans, ce sexagénaire, membre fondateur du Baltimore Sportif Club de Saint-Marc est membre du bureau fédéral depuis 2004 et actuel président de la Commission d’organisation du championnat haïtien de football professionnel (COCHAFOP). Il devra donc tenir les rênes de la FHF, au moins, durant l’absence de celui qui a été réélu, le 2 février 2020, pour un sixième mandat consécutif de quatre ans.

Lire aussi: Football féminin : déconfiner la vérité sur les abus sexuels fera tomber des masques

Dans cette dynamique de continuité, somme toute logique, la Société des Amis du Sport (SAS) s’inquiète, tout de même et surtout, pour la protection des victimes présumées et leurs familles comme pour toutes les autres joueuses résidant actuellement au « Campnou ». Ces dernières ne doivent plus être manipulées par des individus mal intentionnés, d’aucun bord qu’ils soient, pour accomplir d’autres prouesses que celles exclusivement sportives.

La SAS ne s’éternisera pas sur cette tendance à qualifier cette affaire de complot ou d’attaque d’une classe d’hommes contre une autre, dont Dadou serait l’estimable représentant. La famille sportive a été tellement polarisée ces vingt (20) dernières années, que l’on est catalogué pour ou contre le football national, selon que l’on prenne position pour ou contre Dadou sur un sujet qui y est lié. Pourquoi un tel culte de la personnalité alors que tant d’hommes et de femmes honnêtes ont travaillé en consentant d’énormes sacrifices pour la promotion du football national ? 

Quoique la SAS soit à fond derrière le principe de la liberté d’expression dont les médias sont tributaires, elle ne peut cautionner la démesure que l’on constate, de nos jours, sur les réseaux sociaux autour de ce dossier qui, au demeurant, laisse présager que ces vingt dernières années ne seraient pas un long fleuve tranquille. On ignore pour l’heure l’étendue des dégâts. Mieux, des faits reprochés. Néanmoins tout porte à croire qu’il y aura une éventuelle résurgence de plusieurs autres dossiers, non sans lien aux autres rumeurs qui persistent et qui, depuis des lustres, ont été mis sous le boisseau, par nous ne savons quel artifice.

Il est vrai qu’Yves Jean-Bart, jeune médecin, journaliste et président-fondateur des Tigresses-Tigers peut s’enorgueillir de n’avoir jamais lâché le morceau avec son club, porte-étendard du sport féminin – volley-ball et football – permettant à ce dernier de gravir les échelons jusqu’à avoir un rayonnement international fort appréciable ces dix dernières années. Il est à n’en point douter que DADOU ait eu à faire usage, au mieux, de son énergie pour permettre à toute une génération de joueuses de jouir d’une émancipation autant sportive que sociale.

La grandeur d’un responsable se voit, non seulement, lors de l’étalage de ses réalisations au moment de son passage au sein d’une institution, mais aussi, à travers sa capacité à regarder en face les pages sombres de ce même cheminement à travers le temps. Aussi, pourquoi Yves Jean-Bart, dont la responsabilité morale est fortement altérée par l’aveu, sous pression, de la conception d’un enfant extra-conjugal, serait-il le digne héritier d’une « classe » ayant produit des hommes honnêtes de moralité irréprochable, dans l’univers de la Jeunesse et des Sports ?

Convenez avec nous qu’il est aussi légitime de ne pas tenter se voiler la face et même changer le paradigme dans notre raisonnement, en remettant en question le parcours sinueux de certaines jeunes filles, éloignées des sources de protection naturelles et classiques telles la famille et les amis bienveillants, vu leur confinement dans un centre technique ou une maison d’accueil.

Combien d’entre elles ont perdu leurs avantages socio-économiques durant ces dernières années pour avoir osé dénoncer ou refuser de céder à des avances sexuelles ? Combien d’entre elles ont vu leurs rêves de jouer un jour pour les Grenadières s’évanouir au gré de critères strictement libidineux ?

Cette remise en question nous évitera de répondre à la plus dérangeante : sommes-nous prêts à confier nos jeunes filles à des structures représentées par des gens qui, de par leur rassurante profession, leur aura et leur parcours, exercent un pouvoir tel que même les instances étatiques, par peur de représailles, négligent à y appliquer leur devoir de service public ?  Les lois de la République ne devraient-elles pas être imposables à tous ? Dans l’affirmative, comment une structure telle que le « Campnou », installée dans les locaux de la FHF, sur le territoire haïtien, hébergeant en permanence des jeunes filles mineures, n’ait-t-elle pas été sujette à des contrôles réguliers de la part du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC) et du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) via leurs directions et services, dont l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR), institution de référence de la lutte contre la maltraitance envers les mineurs ? Ces deux ministères peuvent-ils fournir au public et, le cas échéant, aux instances juridiques des rapports relatifs à leurs inspections ou leurs visites, pouvant servir de circonstances aggravantes ou atténuantes dans le cas d’un éventuel procès ? Le MJSAC et l’IBESR peuvent-ils se dérober aux responsabilités qui leur incombent lorsqu’il s’agit d’appliquer la politique du Gouvernement en matière de protection sociale, de protection de la jeunesse et des sportifs ? De plus, l’Etat doit-il continuer à subventionner des organisations sportives qui n’auraient pas des protocoles établis pour la protection des jeunes dont ils ont la charge, couplés à des procédures non équivoques de gestion d’allégations d’abus ?

En effet, si les déclarations de The Guardian sont avérées, on ne pourra plus faire l’économie d’une enquête de grande envergure sur l’ampleur des séquelles se rapportant aux forfaitures qui ont pu exister, depuis environ cinquante ans, au sein de toutes les structures associées de près ou de loin avec le personnage incriminé. Il s’agirait donc d’une opportunité unique pour la mise en branle d’une investigation sérieuse, qui prendra, certes, plus de quatre-vingt-dix jours, car il s’agit d’un domaine sensible où les langues, toute honte et peur bues, prendront beaucoup de temps à se délier. Et enfin, que dire des traumatismes subséquents !

Que la Société civile dont le mutisme peut s’apparenter à une complicité répréhensible, profite donc de cet épisode pour élever la voix et requérir de l’État, du Comité olympique haïtien (COH), des clubs affiliés, de la FHF et du mouvement sportif, en général, qu’ils se positionnent clairement sur l’avenir de ces talents, pour la plupart des mineures, dans ce dossier qui rentrera et restera tristement dans l’histoire de notre football comme « l’Affaire Dadou ». De tels agissements ne « constituent nullement une norme ou l’ordre des choses dans l’exercice du métier d’athlète » de quelque discipline sportive qu’elle soit.

Que cette même « Société civile » et le mouvement sportif (par le biais des assemblées générales de leurs associations respectives) se positionnent, une fois pour toutes, sur la problématique et la nécessité et de l’alternance au sein de nos institutions sportives. La SAS pense, malheureusement, que ce genre de dérives et d’autres, dans l’attente que les faits soient juridiquement prouvés, est quasiment inévitable quand un Président ou un groupe d’individus s’installent de manière durable au sein d’une structure, prenant en otage toutes ses unités et ses directions, se faisant réélire par les moyens que tous nous connaissons. Lorsque certains esprits avertis ont dénoncé ou se sont révoltés, ils ont été immédiatement frappés d’ostracisme, faisant l’objet d’intimidations, de sanctions arbitraires et anti-statutaires, voire même de menaces verbales ou d’agressions physiques ; en témoignent les récents incidents, à une semaine d’intervalle, devant le Parquet de la Croix-des-Bouquets contre des militantes de Kay Fanm et des journalistes de la Radio Zénith.

Sur cette question, la position de la SAS est claire : « Dans un souci d’alternance démocratique, il faut définir, au sein du COH et de toutes les fédérations, un nombre de mandats successifs maximum avec des aménagements cohérents et rationnels, pour empêcher aux élus et aux cartels de s’installer trop longtemps à leurs postes et de mettre en place un réseau, autant national qu’international, acquis à leur cause et à celle de leurs proches ».

En attendant qu’une investigation exhaustive autour de la pratique sportive relativement aux cas d’abus sexuels sur des sportifs des deux sexes (qu’ils soient mineurs ou pas), l’affaire DADOU n’a rien de fortuit. Elle vient confirmer la tendance de l’heure à dénoncer des actes enfouis dans le mémoriel des victimes, qui empoisonnent leur quotidien alors que les contrevenants et les coupables qui ont tenté d’occulter la vérité tout en semant les germes de la discorde et de la division, ont toujours le sourire.

Quelle que soit l’issue de cette affaire, au-delà de la responsabilité morale et/ou pénale d’un homme, c’est le procès du laxisme d’une société et de ses institutions qui doit se tenir, afin qu’elle permette :

  1. le parachèvement de l’enquête qui doit obligatoirement aboutir, si les faits sont établis, à des poursuites judiciaires contre toutes les personnes impliquées ;
  2. aux fédérations sportives de mieux définir leur pratiques de gouvernance qui accordent des pouvoirs démesurés à des présidents sans l’existence de structures exerçant de réels contrepouvoirs ;
  3. l’élaboration d’une enquête sur l’état des lieux des relations entre l’Etat et le mouvement sportif devant servir « à rendre le sport haïtien plus propre par la mise en place de mécanismes de contrôle à travers des structures définitives chargées de veiller, sans parti pris, aux respects des règles d’éthique et de déontologie dans le mouvement sportif haïtien » ; et enfin
  4. l’institution d’un « Observatoire des Sports » dont la mission serait d’accompagner la société haïtienne dans la compréhension de la pratique sportive, tout en apportant un éclairage expert sur les politiques publiques menées dans la gouvernance politique du domaine.

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